Vous-même ou votre enfant êtes obsédé(e) par le fait de manger sain et si c’était de l’orthorexie ?
Imprimé depuis clepsy.fr — Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP)
Manger équilibré et suivre les recommandations nutritionnelles générales, c’est important. Mais quand manger sainement vire à l’obsession, certains comportements et attitudes peuvent alerter.
Au début, la démarche part souvent d’une bonne intention, mieux manger, prendre soin de sa santé, réduire l’impact environnemental de son alimentation, éviter les aliments transformés. Cependant, petit à petit, ces règles alimentaires peuvent devenir plus strictes, rigides et envahissantes. Cette quête irréalisable d’alimentation parfaite finit par générer du mal-être, de la culpabilité, de l’anxiété ou des tensions familiales. Elle peut aussi avoir des conséquences négatives sur la santé physique ou psychologique de la personne concernée ou de ses proches, on parle alors parfois d’orthorexie.
Qu’est-ce que l’orthorexie ?
L’orthorexie se définit par une préoccupation excessive, parfois obsessionnelle autour du fait de manger sainement. Ce n’est pas le fait de manger équilibré qui pose problème, mais l’intensité, la rigidité et les conséquences de cette quête de l’alimentation parfaitement saine. Bien que l’orthorexie ne figure pas officiellement dans les classifications des troubles mentaux, les professionnels de santé reconnaissent un ensemble de critères et de signes caractéristiques :
- Préoccupations obsessionnelles autour de la qualité des aliments : origine, absence d’additifs, mode de production, impact environnemental, transformation
- Inquiétudes marquées, culpabilité ou anxiété intense à l’idée de consommer un aliment non sain. Ces inquiétudes ont des répercussions dans plus d’un domaine de vie : social (éviter des repas entre amis), familial (conflits autour des menus), scolaire/professionnel/loisirs (difficultés à participer aux évènements impliquant un repas)
- Rigidité des règles alimentaires qui deviennent progressivement très strictes, difficiles à modifier ou adapter.
- Ces comportements alimentaires atypiques ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble psychiatrique (trouble obsessionnel compulsif, trouble psychotique), ni par des motifs religieux, des allergies ou un régime alimentaire prescrit par un médecin pour une pathologie.
Quel est l’impact des préoccupations obsessionnelles sur les comportements alimentaires ?
Les préoccupations obsessionnelles à consommer des aliments sains conduit généralement à :
- La consommation d’aliments considérés comme sains par l’individu et à un évitement des aliments considérés comme ‘non-sains’. Les aliments considérés comme non-sains sont généralement les aliments contenant des conservateurs, des additifs, des pesticides, des matières grasses, des sucres.
- Une charge mentale accrue et un temps de préparation des repas rallongé, un budget alloué à l’achat de nourriture saine important.
- Un sentiment de culpabilité envahissant lorsque des aliments non-sains sont consommés.
- Une peur de consommer des repas préparés par d’autres et parfois de manger devant les autres.
- L’acquisition de connaissances et d’informations sur le caractère sain des aliments par exemple la lecture compulsive des étiquettes des produits alimentaires (ingrédients, valeurs nutritionnelles) ou l’utilisation systématique d’applications qui analysent leur composition
- Des compulsions (rituels) peuvent apparaître en réponse aux pensées envahissantes liées à l’orthorexie. Par exemple, la personne peut ressentir le besoin de manger à des horaires précis, de cuire les aliments d’une certaine façon ou de suivre d’autres habitudes très strictes.
Pourquoi doit-on être vigilant face à ces comportements alimentaires atypiques ?
L’orthorexie n’est pas juste « un régime sain un peu strict »
Contrairement à ce que la personne concernée croit, ce mode de vie extrême a des répercussions négatives sur la santé :
- Déséquilibres nutritionnels, carences (notamment sur les lipides essentiels que le corps ne sait pas fabriquer et qu’il faut donc lui apporter par l’alimentation ; le calcium, les vitamines du groupe B et en particulier la vitamine B12, le fer)
- Perte de poids involontaire
- Fatigue liée au fait de ne pas manger suffisamment et/ou à l’éviction de certaines catégories d’aliments jugées mauvaises pour la santé
- Troubles digestifs
- Troubles du sommeil
- Irritabilité, ressenti de stress à propos de l’alimentation
Chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte cela peut avoir comme conséquences :
- Perturbations de la vie sociale, scolaire ou professionnelle : refus d’invitations à manger ou volonté de ne consommer que ses propres préparations culinaires, ce qui peut entraîner un isolement social.
- Impact sur l’estime de soi : Une dévalorisation de soi peut survenir en cas d’écart du régime alimentaire avec un sentiment de honte, de culpabilité et de l’anxiété. Le sentiment d’être meilleur peut survenir lorsque le régime alimentaire est respecté. A noter qu’on peut observer également un jugement des habitudes alimentaires d’autrui. Ces difficultés peuvent être d’autant plus marquées à l’adolescence.
Chez l’enfant cela peut conduire en plus à un ralentissement du développement pubertaire et ou de la croissance.
Distinction orthorexie et alimentation équilibrée
Dans l’orthorexie, les pensées vis-à-vis du fait de manger sainement sont obsessionnelles et envahissantes en contraste avec un comportement « normal ». Par ailleurs, les comportements alimentaires sont généralement plus stricts et moins flexibles que chez la plupart des personnes. . Dans l’orthorexie, le stress et la culpabilité autour de l’alimentation peuvent être envahissants au point qu’il n’y a que peu ou pas de plaisir à manger. Les comportements alimentaires sont contraignants et peuvent mener à de l’isolement social.
Distinction orthorexie et anorexie mentale
Dans l’orthorexie, la qualité de la nourriture consommée est au cœur des préoccupations. Dans l’anorexie mentale, il s’agit du contrôle du poids et de l’apparence physique. Dans les deux cas, la perte de poids peut être liée à une alimentation sélective et restrictive.
Quels sont les facteurs qui peuvent favoriser l’orthorexie ?
L’orthorexie n’a pas une cause unique. Différents facteurs personnels, psychologiques et environnementaux peuvent augmenter la vulnérabilité. Voici les principaux éléments mis en évidence dans la littérature scientifique :
Facteurs personnels et traits de personnalité
- Perfectionnisme : une tendance à vouloir tout contrôler ou à vouloir faire les choses parfaitement peut favoriser des règles alimentaires strictes
- Estime de soi faible et fragile
- Rigidité ou symptômes de TOC (trouble obsessionnel compulsif)
Ces caractéristiques ne « causent » pas l’orthorexie à elles seules, mais peuvent rendre la personne plus susceptible de mettre en place ce type de comportements.
Influence des réseaux sociaux et des médias
Les médias peuvent envoyer des messages contradictoires ou anxiogènes autour de la santé et de l’alimentation
Les réseaux sociaux mettent particulièrement en avant des contenus centrés sur une alimentation “saine”
👉Etre exposé à cela peut renforcer l’idée qu’il existe une manière parfaite de se nourrir et favoriser l’apparition de comportements orthorexiques.
Antécédents de troubles des conduites alimentaires (TCA)
Plusieurs études indiquent que souffrir ou avoir souffert de TCA (anorexie, boulimie…) augmentent la vulnérabilité à l’orthorexie. Des antécédents de dysmorphophobie (se voir plus gros qu’on ne l’est) ou de recherche de minceur y seraient également associés.
Ces antécédents peuvent rendre la personne plus vulnérable à utiliser l’alimentation comme moyen de contrôle.
Antécédents de trouble anxieux et de trouble de l’humeur
Plusieurs travaux retrouvent une association entre dépression, anxiété et orthorexie. L’alimentation peut devenir un moyen de gérer l’angoisse ou de retrouver un sentiment de contrôle, ce qui maintient ou renforce l’orthorexie.
Age, genre, IMC
Des études ont cherché à comprendre la fréquence de l’orthorexie selon le genre, l’âge et l’indice de masse corporelle. Leurs résultats sont parfois contradictoires. La plupart ne montrent pas de lien clair entre ces facteurs et l’orthorexie. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires.
Comment prévenir l’orthorexie ?
S’informer à propos de ce trouble alimentaire et avoir connaissance des facteurs de risques c’est déjà s’en prémunir !
Prendre conscience de ce qui se passe : Notez les situations où la nourriture prend trop de place sans jugement. L’objectif est de comprendre sans culpabiliser. Identifier ce qui déclenche l’anxiété : repas imprévus, sorties au restaurant, réseaux sociaux…
Réintroduire de la flexibilité dans l’alimentation : en réintroduisant progressivement certains aliments, en s’autorisant des repas ‘imparfaits’, en acceptant de consommer des aliments non prévus. L’équilibre alimentaire se construit dans la durée, pas sur un seul repas.
Chercher le plaisir dans l’alimentation avant la performance : Observer les sensations positives et le plaisir associé au fait de manger. Faites des petites expériences : cuisiner ensemble, accepter une invitation, manger au restaurant de temps en temps. Rappeler que manger n’est pas une performance mais un moment de partage, de convivialité et de plaisir.
Diminuer l’exposition aux contenus pro-orthorexiques, favoriser des contenus ouverts, variés, nuancés. Encourager l’esprit critique et discuter des informations trouvées en ligne avec un professionnel de santé ou une personne de confiance.
Se faire accompagner sur le plan psychologique (thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles) avec une approche centrée sur la flexibilité cognitive.
Se faire accompagner sur le plan diététique et nutritionnel peut aider à rééquilibrer l’alimentation, prévenir les carences potentielles, surveiller l’évolution staturo-pondérale, déconstruire les fakes news alimentaires et réhabiliter les sensations alimentaires (faim, rassasiement, satiété, envies).
Messages à retenir
Manger sain, oui… mais pas au détriment de la liberté, du plaisir et de la santé.
L’alimentation doit rester une source d’énergie et de plaisir, pas d’angoisse ou de culpabilité.
En parler tôt, avec bienveillance permet d’éviter que ces comportements ne s’installent et de retrouver un rapport plus serein aux repas.
Références
Goutaudier, N., & Rousseau, A. (2021). L’orthorexie, une obsession pathologique. Pratiques en Nutrition: santé et alimentation, 17(66), 28-30.
Dunn TM, Bratman S. On orthorexia nervosa: A review of the literature and proposed diagnostic criteria. Eat Behav. 2016 Apr;21:11-7.
Segura-García C, Papaianni MC, Caglioti F, Procopio L, Nisticò CG, Bombardiere L, Ammendolia A, Rizza P, De Fazio P, Capranica L. Orthorexia nervosa: a frequent eating disordered behavior in athletes. Eat Weight Disord. 2012 Dec;17(4):e226-33
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Références
Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).
