
Tout au long de l’enfance, le sommeil de votre enfant va se modifier en fonction de ses besoins et présenter de plus en plus de caractéristiques communes avec le sommeil de l’adulte. Par exemple, le nouveau-né a un besoin important de sommeil (souvent plus de 14 heures par jour) et n’a pas encore de rythme jour-nuit, tandis que l’enfant qui grandit a des besoins de sommeil qui diminue progressivement et acquiert un sommeil stable exclusivement nocturne avec la disparition des siestes.
Le sommeil des enfants soulève beaucoup de questions chez les parents : nous allons tenter d’y répondre dans cette fiche en vous donnant certains repères.
Comment s’organise le sommeil ?
Avoir un rythme veille/sommeil régulier dépend principalement de deux systèmes qui sont régulés respectivement par plusieurs facteurs. D’une part, il existe une régulation homéostasique qui correspond à la pression de sommeil, autrement dit, le temps écoulé depuis l’éveil. D’autre part, il existe une régulation circadienne reposant sur l’alternance du jour et de la nuit (soit de l’alternance de l’obscurité et de la lumière) qui permet une régulation du sommeil sur 24 heures.
Ainsi, tout comme chez l’adulte, le sommeil de l’enfant est organisé en cycles comprenant chacun deux phases. La première dite “sommeil lent” qui peut être léger ou profond et qui a un rôle important pour l’organisme puisqu’il permet la restauration des tissus, la sécrétion des hormones comme l’hormone de croissance, la stimulation du système immunitaire, l’élimination des substances toxiques accumulées dans le cerveau tout au long de la journée ou encore la consolidation des apprentissages. La seconde, appelée “sommeil paradoxal” correspond à une activité intense du cerveau : c’est le moment d’apparition des rêves. Le sommeil paradoxal est également important pour la consolidation des apprentissages au cours du développement.
Il faut savoir que nous avons entre 4 et 6 cycles par nuit et que leur durée et leur composition varient selon l’âge. En grandissant, les phases de sommeil s’organisent avec une majoraté du sommeil lent profond en première partie de nuit et une majorité du sommeil lent léger ou sommeil paradoxal en deuxième partie de nuit.
Enfin, entre chaque cycle, il est tout à fait normal d’avoir des courts éveils qui peuvent durer jusqu’à 15min où l’enfant va naturellement se rendormir pour débuter le cycle suivant.
Combien de temps mon enfant doit-il dormir par jour ?
La durée de sommeil par 24 heures, autrement dit les besoins de sommeil, dépend principalement de l’âge de l’enfant. La National Sleep Foundation, en 2017, a évalué les durées du sommeil par tranches d’âge que vous trouverez ici. En moyenne, il est recommandé une durée totale de sommeil de 10 à 13h heures entre 3 et 5 ans, de 10 à 11h entre 6 et 12 ans et de 9 à 10h après 12 ans.
Ces valeurs sont données à titre indicatif, et les besoins et horaires de sommeil sont à adapter en fonction des particularités de chaque enfant. En effet, il existe des longs ou des courts dormeurs ou encore des enfants plutôt dits du matin ou plutôt du soir. En fonction de ses caractéristiques du sommeil de votre enfant, vouloir le mettre au lit trop tôt ou trop tard pourrait gêner son endormissement et son sommeil.
Toutefois, il faut rester vigilant sur les besoins minimums de sommeil recommandés. En effet, le temps de sommeil moyen des enfants a tendance à diminuer ces dernières décennies, souvent liés aux nouvelles contraintes d’organisation familiales et de société avec des activités en soirée décalant l’horaire du coucher. Le risque d’une dette de sommeil est donc important pouvant impacter la santé physique, mentale ou de développement des enfants. Afin d’accompagner au mieux la qualité du sommeil de votre enfant, vous trouverez nos conseils de bonnes pratiques en fonction de l’âge de votre enfant ici ou de votre adolescent ici.
A quel âge mon enfant va-t-il faire ses nuits ?
C’est une question les plus fréquentes lors des consultations médicales. Faire ses nuits signifie une nuit sans réveiller ses parents mais cela ne signifie pas que le nourrisson ou l’enfant dort en continue, puisqu’il peut exister des éveils naturels entre chaque cycle de sommeil où l’enfant peut se rendormir sans l’intervention de ses parents. Ainsi, un nourrisson peut se réveiller jusqu’à 8 fois par nuit durant les 3 premiers mois puis le nombre de réveil nocturne diminue progressivement avec 4-5 réveils par nuit à 18 mois et un amendement progressif après 2 ans.
Dès le 3ème mois, il est possible qu’un nourrisson puisse faire ses nuits et plus généralement, les premières nuits sans réveil des parents arrivent entre le 6e et le 8e mois de vie. Cette consolidation du sommeil nocturne dépend de nombreux facteurs et est propre à chaque enfant. D’une part, la maturation du cerveau permet des périodes de sommeil de nuit continu de plus en plus longues aidée par la mise en place du rythme circadien dès le 3ème mois permettant l’alternance jour/nuit et par l’augmentation de la pression du sommeil liée à l’énergie dépensée avec l’acquisition de ses nouvelles compétences comme la position assise, la marche etc., au cours de son développement. D’autre part, l’enfant développe progressivement la capacité de se rendormir seul lors des éveils nocturnes avec l’apprentissage de stratégie d’auto-apaisement.
Des facteurs environnementaux influencent également cette consolidation du sommeil nocturne et du rythme circadien. On les appelle donneurs de temps, et ils sont des repères donnés à votre enfant pour distinguer les phases d’éveil et de sommeil en accord avec l’alternance jour/nuit. Ces repères sont divers et variés, tels que les horaires de repas, la lumière du jour ou artificiel, les périodes d’interaction avec votre enfant ou d’activité physique ou de stimulation, les horaires de sieste ou encore les horaires de coucher et de lever du sommeil nocturne, etc. Par exemple, la poursuite d’une alimentation nocturne (avec ou sans allaitement) au-delà du 6ème mois peut retarder la consolidation du sommeil nocturne, tout comme la diversification alimentaire est l’un des facteurs entrant en jeu dans l’acquisition d’un sommeil plus régulé.
Dans tous les cas, vous pourrez aider votre enfant à distinguer plus rapidement le jour et la nuit en modifiant votre comportement et vos interactions avec votre enfant selon les différentes périodes de la journée. Pour retrouver tous nos conseils sur comment favoriser le développement précoce du sommeil de votre enfant ici.
Lui donner plus à manger avant de dormir lui permettra de moins se réveiller la nuit ?
C’est une fausse croyance ! Il ne faut surtout pas forcer votre bébé à boire plus qu’il ne le voudrait avant le coucher car cela n’influence pas ses cycles de sommeil et pourrait lui causer un inconfort, ce qui serait contre-productif. A partir de 6 mois, il est important d’instaurer un horaire fixe de repas du soir et d’éviter, si possible, que le biberon fasse partir du rituel du coucher. Il est préférable de trouver un autre objet transitionnel tel que le doudou ou la tétine lors du rituel du coucher.
Dois-je laisser mon enfant pleurer la nuit ?
Tout d’abord, gardez à l’esprit que les pleurs sont le seul outil de communication d’un bébé. Quoiqu’il puisse ressentir (faim, inconfort, peur…), il l’exprimera par ce moyen. Ainsi, durant les 6 premiers mois de vie, il est important de répondre aux pleurs d’un nourrisson, y compris la nuit, qui durent quelques minutes pour en comprendre l’origine. En dehors des besoins physiologiques que votre enfant exprime par des pleurs, il existe également des pleurs dits physiologiques ne témoignant pas de besoins ou d’inconfort. En effet, les nouveau-nés et les nourrissons jusqu’au 3ème mois peuvent pleurer en s’endormant, durant leur sommeil (ils peuvent également rire dans leur sommeil) ou encore lors de leur éveil naturel entre chaque cycle de sommeil.
D’un autre côté, qui n’a jamais entendu dire “laisse le pleurer, il apprendra à se calmer tout seul” ? Les nourrissons dès le deuxième mois de vie peuvent apprendre des stratégies d’auto-apaisement permettant de trouver le sommeil ou de se rendormir seul. Afin de stimuler ses compétences, il est bénéfique d’instaurer un rituel du coucher avec un objet de transition (doudou ou tétine) et de coucher l’enfant encore éveillé dans le lit avec cet objet. Ainsi, votre enfant peut acquérir progressivement cette compétence d’endormissement sans la présence de ses parents.
Lorsqu’il se réveille, essayez de temporiser. S’il ne pleure pas,vous pouvez laisser votre enfant se rendormir seul dans sa chambre sans votre intervention.S’il se met à pleurer au-delà une ou deux minutes, vous pouvez intervenir avec un comportement neutre pour le réconforter, avec l’aide de son objet de transition (doudou ou tétine), en lui posant la main sur le corps ou en lui parlant d’une voix douce et calme, tout en le laissant dans son lit, dans l’obscurité de sa chambre. Il est préférable d’éviter de le prendre dans ses bras et de le sortir de son lit.
Note aux parents :
Il est normal de se sentir dépassé, éprouvé par les pleurs de bébé. Lorsque les pleurs sont répétés et que les nuits sont courtes, les conseils avisés peuvent vite être oubliés. Dans ce cas, n’hésitez pas à demander de l’aide si cela est possible, notamment demandez un relai à l’autre parent ou à d’autres proches, afin de pouvoir vous reposer. Si vous vous retrouvez dans une situation difficile, il vaut mieux déposer votre enfant dans son lit, sur le dos et quitter la chambre le temps de retrouver son calme. Dans la durée, il est tout aussi important de prendre soin de votre sommeil comme celui de votre enfant.
Est-il préférable que mon enfant dorme seul ou dans la chambre parentale ?
L’académie américaine de pédiatrie et l’OMS recommandent de dormir dans la même pièce que le nourrisson pendant au moins les six premiers mois afin de réduire les risques de mort subite. La proximité, en plus de rassurer bébé et ses parents, aide à la vigilance et permet de mieux connaître et répondre aux signaux donnés par leur bébé.
Attention toutefois aux risques liés au “co-sleeping” ou “co-dodo.” En effet, un lit adulte n’est pas adapté au nouveau-né. En effet, votre bébé est trop petit pour les couvertures et autres couettes qui sont des facteurs de risque de malaise ou mort subite du nourrisson. Privilégiez donc les solutions intermédiaires, telles que mettre son lit dans la chambre parentale ou investir dans un berceau co-dodo, conçu pour se coller au bord du lit parental, et laissant à bébé son espace en toute sécurité.
Comment instaurer un rituel du coucher ?
Un enfant, dès sa naissance, va avoir besoin d’aide pour construire son rythme de sommeil. L’après-midi pour la sieste ou le soir pour la nuit, vous pouvez lui donner des repères et un cadre pour dormir. Il est important que l’horaire du coucher soit fixe et avant 21h. Créez un moment calme, instaurez un rituel et répétez les mêmes gestes tous les soirs. Le rituel doit être quotidien avec une durée prévisible et plutôt courte. Vous pouvez imaginer votre propre rituel en respectant quelques règles : ce moment doit être paisible, évitez donc tous les jeux qui pourraient l’exciter (chatouilles, cris, …). A l’issue du rituel, vous pouvez poser votre enfant dans son lit même s’il n’est pas endormi, afin qu’il apprenne à s’endormir seul. En grandissant, votre enfant peut participer et construire avec vous son rituel de coucher autour d’une berceuse ou d’une histoire, par exemple.
Jusqu’à quel âge mon enfant doit-il faire une sieste ?
Pendant sa première année, votre bébé a besoin de faire de nombreuses siestes. Généralement, jusqu’à 6 mois, les nourrissons peuvent une sieste le matin, une en début d’après-midi et une autre en fin d’après-midi. A partir du 9ème mois, la majorité des nourrissons ne font plus que 2 siestes par jour, le matin et en début d’après-midi. C’est à partir du 15ème mois que la sieste du matin disparaît, alors que celle du début d’après-midi peut perdurer jusqu’à 5 ans. Cependant, il n’est pas rare qu’un enfant de 2-3 ans ne fasse plus de sieste, surtout si la durée de son sommeil de nuit est importante.
Idéalement, à partir de 6 mois, il est préférable que les siestes soient espacées de 3h où l’enfant reste éveillé. La dernière sieste de la journée doit se dérouler 4 à 5 heure avant l’heure du coucher, donc idéalement avant 16h. Quand il ne reste plus qu’une sieste par jour, il est préférable qu’elle ait lieu en début d’après-midi pour ne pas gêner l’endormissement nocturne.
Lui donner plus à manger avant de dormir lui permettra de moins se réveiller la nuit ?
A partir de l’âge de 2-3 ans, apprécier le comportement de son enfant en fin d’après-midi, en l’absence de sieste, permet d’avoir une idée de ses besoins en sommeil. Si mon enfant est agité, irritable, impulsif ou agressif, alors la sieste en début d’après-midi est encore nécessaire. Au contraire, si mon enfant est calme et stable émotionnellement, alors il n’est pas en privation de sommeil et n’a plus besoin de la sieste.
Quand le sommeil devient un problème…
Un sommeil de qualité est important pour le bon développement de votre enfant, pour sa santé physique et mentale à venir. Pourtant, les troubles du sommeil sont fréquents chez les enfants et peuvent perturber la vie quotidienne de nombreuses familles.
Qu’il s’agisse d’insomnies, de difficultés d’endormissement ou de réveils nocturnes, les conséquences peuvent être importantes allant des troubles du caractère (irritabilité), des difficultés de régulation des émotions, aux troubles des apprentissages (problème d’attention, difficultés verbales et/ou motrices). Restez vigilant face à ces situations qui peuvent durer dans le temps : si vous êtes dans ce cas, parlez-en à votre pédiatre ou à votre médecin.
Pour aller plus loin
Consultez nos fiches ici.