
La communication non violente (CNV), développée par Marshall Rosenberg, est une approche basée sur l’écoute, l’empathie et l’expression des besoins. Elle permet de transformer les conflits en opportunités de dialogue et de compréhension mutuelle. Cette méthode est particulièrement adaptée pour gérer les tensions avec les adolescents, car elle leur offre un cadre respectueux pour exprimer leurs émotions tout en favorisant des relations saines et équilibrées.
Pourquoi utiliser la communication non violente avec les adolescents ?
1. Créer un climat de confiance avec votre adolescent et pour toute la famille. Elle établit un dialogue ouvert et respectueux entre l’adolescent et l’adulte.
2. Réduire les tensions dans la famille et la contagion des conflits à toute la famille : En évitant les reproches et les accusations, la CNV limite les réactions défensives ou agressives de votre adolescent.
3. Éviter les violences verbales et physiques entre les parents et leurs enfants : C’est un enjeu majeur de la relation avec l’adolescent. Souvent les adultes essaient de montrer leur autorité. Quand ils se sentent en échec, ils peuvent insulter voire frapper. Ces violences physiques et verbales vont entraîner une relation en miroir avec les adolescents (ils vont être violents également).
4. Limiter les critiques envers son enfant et éviter qu’il ait une mauvaise estime de lui-même : Critiquer ou accuser l’adolescent ne fait qu’amplifier le conflit. La CNV propose de remplacer les reproches par l’expression des besoins, ce qui permet d’aborder la situation de manière constructive.
5. Respecter l’autonomie de l’adolescent : L’adolescence est une phase cruciale de quête d’indépendance. Pour équilibrer autonomie et limites, il est important de définir des cadres clairs tout en laissant à l’adolescent une marge de décision. Par exemple, négociez les règles ensemble, en expliquant pourquoi elles sont importantes pour sa sécurité ou son bien-être. Proposez-lui des choix dans le respect du cadre établi, afin qu’il puisse se sentir acteur de sa vie tout en comprenant les contraintes liées à la vie en société. Exemple : « Je comprends que tu souhaites passer plus de temps avec tes amis. Cependant, j’ai besoin de savoir à quelle heure tu seras de retour pour être rassuré. Est-ce que nous pourrions trouver un compromis ? »
6. Apprendre la gestion des émotions aux adolescents en les verbalisant : La CNV enseigne aux adolescents à identifier et exprimer leurs émotions de manière constructive.
Comment rendre la communication non violente réellement efficace ?
Elle doit s’inscrire dans le temps. Elle nécessite du temps et de la pratique, s’inscrivant dans la durée. Les premiers essais peuvent ne pas produire les résultats attendus, ce qui est tout à fait normal dans le cadre d’un processus d’apprentissage.
Elle représente une thérapie de prévention et d’anticipation. La CNV est une approche préventive et anticipative, qui propose une manière d’interagir avec son adolescent au quotidien. Pour être pleinement efficace, elle doit s’intégrer à tous les aspects de la vie familiale et s’inscrire dans une démarche proactive, en agissant comme un outil de prévention.
Elle nécessite une forte motivation des parents. La CNV peut sembler déroutante, voire inadaptée, quand les tensions sont fortes ou que les conflits s’installent dans la durée. Dans certaines familles, on a l’impression que « parler calmement » ne suffit plus, que c’est trop tard, ou trop théorique. Pourtant, elle peut faire une vraie différence, même dans des contextes compliqués. Ce n’est pas une baguette magique, mais une méthode qui a fait ses preuves — y compris dans des situations bien plus graves que celles du quotidien familial. Des figures comme Gandhi ou Martin Luther King y ont eu recours dans des contextes de tensions extrêmes, et de nombreuses études internationales confirment aujourd’hui son efficacité, notamment pour apaiser les relations et restaurer le dialogue.
Comment appliquer la communication non violente?
1. Observer la situation et pratiquer l’écoute active et empathique : La première étape repose sur l’écoute active et l’empathie. Lorsqu’un adolescent est en colère ou frustré, il est important de l’écouter sans interrompre, ni juger.
2. Reformuler les faits – sans commentaire négatif et sans jugement – sans élever la voix et changer de ton : La seconde étape consiste à exprimer objectivement ce qui a été vu ou entendu, sans évaluer ou critiquer, pour éviter d’emblée de transformer le non-respect des règles en conflit. Il est important de ne pas émettre de jugement ni d’interprétation négative. Exemple : « Tu es rentré(e) après l’heure convenue » ; cela évite de commencer par des accusations qui pourraient mettre l’adolescent sur la défensive (comme « Tu es toujours en retard ! »).
3. Montrer que vous comprenez les besoins et les émotions de votre adolescent : L’utilisation du “je” et la mise en jeu d’une communication non verbale d’engagement (hocher la tête, ne pas regarder son téléphone, …) peuvent aussi aider la CNV. Exemple : « J’entends que tu te sens frustré parce que tu as l’impression qu’on ne te fait pas confiance. Est-ce bien cela ? »
4. Exprimer ce que vous ressentez à votre adolescent : Après avoir décrit l’observation, il est important que le parent exprime l’impact du comportement observé sur ses propres émotions. Exemple : « Je me sens inquiète et stressée lorsque l’heure convenue n’est pas respectée. » Dire « Je me sens » plutôt que « Tu me fais sentir » permet d’assumer la responsabilité de ses émotions tout en évitant de culpabiliser l’adolescent.
5. Préciser à l’adolescent vos besoins : Après avoir exprimé ses sentiments, il est crucial de préciser à l’adolescent les besoins qui se cachent derrière vos émotions. Dans les conflits avec les adolescents, ces besoins sont souvent liés à des valeurs importantes, comme la sécurité, l’attachement (l’amour que vous lui portez), le respect ou la confiance. Exemple : « J’ai besoin de savoir que tu es en sécurité » En partageant vos besoins, l’adulte donne à l’adolescent une vision claire de ce qui est important pour lui, au lieu de se concentrer uniquement sur les comportements/attitudes à la source des conflits.
6. Re-formuler vos demandes concrètement : Enfin, il est essentiel de re-formuler une demande claire et réalisable, qui n’est ni une exigence ni une menace. La demande doit porter sur une action précise, dans l’objectif de répondre aux besoins identifiés tout en tenant compte de la capacité de l’adolescent à s’y conformer. Exemple : « Peux-tu m’envoyer un message si tu sais que tu vas être en retard? » La formulation positive et ouverte permet à l’adolescent de se sentir respecté et écouté, tout en augmentant la probabilité d’une réponse favorable.
7. Valoriser l’effort de coopération : Reconnaître les efforts faits par l’adolescent pour écouter et coopérer renforce la confiance mutuelle et l’engagement dans le processus de dialogue. Exemple : « Merci d’avoir pris le temps de m’expliquer comment tu te sens. J’apprécie que tu fasses l’effort de me parler. »
8. Continuer encore et encore le processus de communication non violente. Soyez patients et tenaces : Votre adolescent va apprendre progressivement que la provocation, les menaces, le non-respect des consignes ne vous font pas fléchir dans vos objectifs. Maintenez votre calme et vos idées.
Que faire en cas d’échec de la communication non violente?
1. Ré-analyser la situation Prendre du recul : Identifiez les moments où la communication a dérapé. Peut-être que le moment ou le contexte n’était pas propice à une discussion constructive.
2. Ne vous culpabilisez pas de l’échec et d’être frustré(e), en colère ou triste. Prenez un moment : Quels besoins importants n’ont pas été satisfaits dans l’échange ?
3. Revenir vers votre adolescent: exprimer votre intention : Dites à la personne que vous souhaitez réessayer avec une approche plus constructive. Réfléchissez à une re-formulation : Si la première tentative n’a pas fonctionné, essayez une manière différente d’exprimer vos observations, vos sentiments, vos besoins et vos demandes.
4. Chercher un médiateur: Si le dialogue est bloqué, une personne neutre (ami, collègue, médiateur) peut aider à faciliter la communication.
5. Accepter les limites de votre adolescent : Tout le monde n’est pas prêt à adopter une communication ouverte immédiatement. Il lui faut probablement plus de temps pour apprendre de nouvelles modalités de relations.
6. Continuer à pratiquer la communication non violente : La communication non violente est une compétence qui s’améliore avec le temps et la pratique.
Exemples concrets d’utilisation de la communication non violente : Conflit à propos des études : Situation : Un parent reproche à son adolescent de ne pas travailler suffisamment pour ses examens. Réaction traditionnelle : « Si tu continues comme ça, tu vas échouer ! Tu ne fais aucun effort ! »Réaction communication non violente : « Quand je vois que tu ne fais pas tes devoirs alors que tes examens approchent, je me sens inquiet, car j’ai besoin de savoir que tu fais de ton mieux pour réussir. Serais-tu d’accord pour que nous discutions ensemble d’un planning pour tes révisions ? » Conflit à propos des sorties : Situation : Un adolescent rentre souvent tard, au-delà de l’heure fixée par ses parents. Réaction traditionnelle : « Tu ne respectes jamais les règles, tu es irresponsable ! » Réaction communication non violente : « Quand tu rentres après l’heure convenue, je me sens stressé, parce que j’ai besoin de savoir que tu es en sécurité. Est-ce que tu pourrais m’appeler si tu penses que tu vas être en retard ? » |