Comment gérer l’hypersensibilité auditive chez votre enfant autiste ?
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Imprimé depuis clepsy.fr — Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP)
L’hypersensibilité auditive (hyperacousie sensorielle) est très fréquente chez les enfants avec trouble du spectre de l’autisme (TSA) (≈ 50–70 %). Elle correspond à une réactivité accrue à certains sons (intensité, fréquence, imprévisibilité), souvent liée à des particularités du traitement sensoriel central plutôt qu’à une atteinte auditive périphérique. Par exemple, votre enfant peut se boucher les oreilles, faire une crise dans un environnement bruyant, sembler anxieux en présence de bruit ou sursauter facilement.
Des soins efficaces combinent aménagements environnementaux, stratégies d’autorégulation, et parfois interventions thérapeutiques ciblées.
Principes généraux
Les recommandations internationales concernant l’autisme soulignent l’importance d’intervenir de manière multiple sur l’hyper-sensorialité de votre enfant. Il faut dans tous les cas agir progressivement et sans excès avec toutes les stratégies proposées :
- Comprendre les déclencheurs – situations et lieux qui sont à l’origine d’une hypersensibilité auditive en tenant un journal sensoriel
- Réduire la surcharge auditive de votre enfant pour diminuer l’hyper-réactivité, que ce soit via un aménagement de l’environnement sonore immédiat ou en faisant porter des protections auditives à votre enfant.
- Favoriser la désensibilisation auditive progressive et l’exposition à des sources habituellement gênantes que votre enfant pourra intégrer progressivement.
- Diminuer globalement la charge émotionnelle pour réduire l’hyper-réactivité sensorielle.
Comprendre les éléments déclencheurs – Faire un journal sensoriel
Il est très important de tenir une sorte de journal sensoriel pour essayer de bien repérer les difficultés sensorielles de votre enfant. C’est une phase indispensable pour commencer à intervenir et cibler les interventions adaptées.
Le plus simple est de faire un petit tableau en repérant :
- la situation qui déclenche la crise (aspirateur, sèche-mains, cris, sonnerie, cantine) ;
- l’intensité du bruit (faible, moyen, intense, très intense) ;
- le type de son (aigue, grave) ;
- le caractère imprévisible (cloche, pétard, porte qui claque) ou bruit de fond continu (crèche, récréation, cantine, classe, supermarché)
Vous pourrez ensuite utiliser ce tableau pour préciser vos objectifs et noter les progrès. Il est très important de noter les évolutions positives : cela vous montre que votre enfant progresse et qu’il faut donc continuer.
⚠️ Attention cette hypersensibilité auditive est parfois associée à des manifestations opposées comme une indifférence à l’appel de son prénom, ou plus généralement une sorte d’indifférence aux conversations qui l’entourent.
Aménager l’environnement (prioritaire)
Cet aménagement pourra prendre diverses formes que ce soit à la maison ou dans les lieux où se rend l’enfant. Il ne faut pas aménager toute la maison ou tous les espaces de vie, mais seulement les lieux ou les situations que vous avez repérés comme induisant une hypersensibilité auditive.
À la maison : vous pouvez acheter par exemple des électroménagers silencieux si c’est une source de stress, ou mettre des tampons sous les pieds des chaises si c’est un bruit qui le dérange.
A l’école : les aménagements sont difficiles. C’est un point à travailler avec les enseignants et l’AESH pour repérer les situations qui entraînent une hyper-réactivité auditive. Une position plutôt en avant dans la classe est plus favorable car l’enfant entend moins les sons qui viennent de l’arrière. Également, il est possible d’aménager dans la classe un coin de lecture calme où l’enfant pourra aller se réfugier !
👉 Attention à ne pas faire sortir l’enfant de la classe , sinon il perdra le fil des apprentissages. Vous avez peut être remarqué que votre enfant ne donne pas l’impression d’écouter mais il a tout retenu d’une conversation : l’exclure est souvent le priver des apprentissages.
A l’extérieur : les aménagements sont plus difficiles à réaliser. Cependant, dans certains supermarchés ou lieux culturels, il existe des horaires spécifiques appelés « heures silencieuses » ou « heures calmes » durant lesquels le niveau sonore est diminué (tout comme l’intensité lumineuse du lieu bien souvent).
Prévenir la survenue d’un signal sonore qu’il n’aime pas
Là encore, le journal sensoriel est un outil essentiel. Il ne s’agit pas d’anticiper tous les sons de l’environnement, mais plutôt d’identifier les situations qui déclenchent une hypersensibilité auditive afin de pouvoir les anticiper et mieux les gérer. Ainsi, vous pourrez ensuite prévenir votre enfant de la survenue d’un bruit désagréable pour lui, par exemple :
A la maison : “Je vais passer l’aspirateur, ne t’inquiète pas” ou ” je vais mixer la soupe, cela prend 3 min, tu peux aller dans ta chambre si tu n’aimes pas ce bruit.” Si votre enfant est non verbal, n’hésitez pas à utiliser un pictogramme d’alerte auditive.
A l’école : L’AESH pourra ainsi également prévenir l’arrivée de bruits repérés comme gênants, par exemple la sonnerie de début et de fin de cours (Comptes à rebours : « la cloche va sonner dans 10 s : 9, 8, 7..etc).
Idem pour les activités d’éveil musical : “tu sais que l’on va chanter et que tu n’aimes pas, mais ce ne sera pas long”. Pour les enfants non verbaux, l’utilisation de signaux visuels pour anticiper est importante.
A l’extérieur : comme à la maison on va anticiper et verbaliser ou montrer un pictogramme qui permet de prévenir d’un certain nombre de situations déclenchant un stress auditif.
Outils de protection auditive
L’utilisation d’un casque antibruit ou de bouchons filtrants peut être utile quand ni les aménagements de l’environnement, ni la prévention ne sont faisables ou suffisamment efficaces.
Le casque antibruit est surtout efficace pour atténuer fortement les sons forts ou imprévisibles (cantine, transport).
Les bouchons filtrants sont très bien car atténuent les sons sans isoler complètement (environnement de la classe ou espaces publics ).
⚠️ Attention, il y a des règles strictes d’utilisation : il faut éviter le port permanent qui entretient l’hyperacousie par privation sensorielle – il faut donc réserver le casque ou les bouchons dans des situations très ciblées. Là encore il faut utiliser le journal sensoriel pour repérer les situations les plus gênantes pour votre enfant. Ce n’est pas n’importe quand, n’importe où.
Favoriser le développement de stratégies d’autorégulation
L’objectif est de donner à votre enfant un contrôle actif des mesures à prendre lorsqu’il est gêné par le bruit. Cette stratégie nécessite que votre enfant soit participatif et comprenne les enjeux de l’autorégulation. Cela est assez simple à mettre en place à la maison comme à l’école :
Demander une pause sonore quand il y a « trop de bruit ». Cela peut être une demande verbale mais cela peut passer aussi par l’utilisation d’un pictogramme. Il pourra alors :
- S’éloigner vers un espace calme,
- Mettre un casque anti-bruit,
- Se boucher les oreilles dans certaines situations (applaudissements, chants), ou encore utiliser un casque diffusant un bruit blanc, si cela l’apaise.
Diminuer l’hyperréactivité émotionnelle par exemple en faisant des exercices de respirations lentes. La respiration carrée au début des cours à l’école le matin et en début d’après-midi ou encore avant la cantine peut permettre d’améliorer la tolérance aux bruits environnants.
Paradoxalement certains sons peuvent être auto-apaisants (musique douce) dans des contextes bruyants.
Désensibilisation graduée (si tolérable)
La désensibilisation graduée peut aider certains enfants à mieux tolérer certains bruits du quotidien. Elle doit cependant être proposée avec prudence. Elle n’est pas adaptée à tous les enfants, ni à tous les moments. Elle est surtout utile lorsque l’enfant peut rester disponible, qu’il n’est pas déjà en surcharge, et que le son travaillé n’entraîne pas de panique majeure.
Le principe est de réhabituer progressivement l’enfant à un son difficile, sans le mettre en échec. L’objectif n’est pas de le forcer à supporter un bruit qu’il ne tolère pas. L’objectif est plutôt de lui faire vivre des expériences auditives très petites, très contrôlées et répétées, dans lesquelles il se sent en sécurité.
Etape 1 : Choisir un seul son cible. Il vaut mieux commencer par un bruit modérément gênant, et non par le son le plus insupportable. Par exemple, il est souvent plus simple de commencer par un robinet, un sèche-cheveux à distance ou une musique légèrement plus forte, plutôt que par un sèche-mains public ou une alarme.
Etape 2 : Débuter l’exposition par un son très faible, dans un contexte rassurant. L’enfant doit être dans un lieu qu’il connaît, avec un adulte sécurisant, à un moment où il est calme. Le bruit peut être présenté à faible intensité, ou à grande distance. Il peut aussi être très bref. L’idée est que l’enfant perçoive le son, mais reste capable de jouer, de regarder, ou de rester détendu.
Etape 3 : Associer cette exposition à une activité agréable. L’enfant peut être en train de jouer, de manipuler un objet qu’il aime, d’écouter une histoire, ou d’être engagé dans une interaction plaisante. Cette association positive diminue la sensation de menace. Le cerveau apprend alors que le son est présent, mais qu’il ne se passe rien de dangereux.
Etape 4 : Progresser très lentement. On peut augmenter un seul paramètre à la fois. Soit le son devient un peu plus fort, soit il dure un peu plus longtemps., soit il est un peu plus proche. Mais il ne faut pas tout augmenter en même temps : une progression trop rapide augmente le risque de rejet et de sensibilisation.
Etape 5 : Favoriser un sentiment de contrôle par votre enfant. S’il est assez grand, il peut participer. Il peut appuyer sur “pause”, demander à arrêter, choisir la distance, ou signaler quand cela devient trop difficile. Ce point est important. Un enfant qui garde du contrôle tolère souvent mieux l’exposition. Il peut utiliser le pictogramme de demande d’arrêt.
—> Il faut aussi savoir s’arrêter avant la détresse. C’est un principe central. La séance ne doit pas aller jusqu’à la crise. Si l’enfant commence à se raidir, à détourner le regard, à se boucher les oreilles, à s’agiter ou à vouloir fuir, il faut diminuer immédiatement le niveau d’exposition, ou arrêter. La désensibilisation aide quand l’enfant vit une expérience “gérable”. Elle devient contre-productive si elle se transforme en épreuve.
—> Les séances doivent rester courtes et répétées. Quelques minutes suffisent souvent. Il vaut mieux faire des expositions très brèves mais régulières, plutôt qu’une séance longue et difficile. La répétition dans un cadre stable aide davantage que l’intensité.
—>Il est également utile de partir des réussites. Si un niveau est bien toléré pendant plusieurs jours, on peut tenter une petite progression. Si cela devient difficile, on revient au niveau précédent. Revenir en arrière n’est pas un échec, cela fait partie du processus.
—> Cette stratégie doit rester individualisée. Certains enfants progressent vite, quand d’autres ont surtout besoin d’adaptations environnementales et de protection ponctuelle. La désensibilisation n’est pas une obligation. Elle peut être utile, mais seulement si elle reste tolérable et sécurisante.
| Les recommandations internationales déconseillent l’exposition sensorielle non contrôlée ou imposée |
6 exercices de désensibilisation à faire à la maison : les sons magiques
| 1. Le studio sonore : Lorsqu’un son spécifique provoque habituellement une réaction d’évitement (par exemple l’aspirateur), il est possible de construire une exposition graduée. On peut enregistrer des sons familiers (porte, eau, pas, aspirateur ). L’enfant les écoute ensuite à faible volume et peut contrôler la lecture. Le volume et la durée augmentent progressivement. |
| 2. Les sons cachés dans la maison : Dans ce jeu d’exploration auditive, le parent produit des sons doux du quotidien, tels que le froissement d’une feuille de papier, le tintement léger d’une cuillère ou le bruit de l’eau qui coule, tandis que l’enfant doit identifier d’où provient le son. Au départ, le son est produit dans une pièce voisine, puis progressivement dans la même pièce, et enfin à proximité de l’enfant. Cette progression permet d’augmenter graduellement l’intensité perçue et la proximité sonore tout en conservant un aspect ludique et prévisible. |
| 3. L’exposition progressive à un bruit déclencheur : Lorsqu’un son spécifique provoque habituellement une réaction d’évitement (par exemple l’aspirateur), il est possible de construire une exposition graduée. L’enfant commence par tolérer la simple présence de l’objet éteint dans la pièce. Ensuite, l’appareil est mis en marche dans une autre pièce, porte fermée, puis porte ouverte, puis dans la même pièce à distance, et enfin à proximité progressive. Chaque étape est associée à une activité agréable, comme un jeu ou une interaction positive, et s’arrête avant l’apparition de signes de détresse. Cette méthode favorise une désensibilisation ciblée et sécurisée. |
| 4. La boîte à sons contrôlables : Une boîte contenant plusieurs objets produisant des sons doux (petite clochette, grelot léger, papier, riz dans un récipient) est proposée à l’enfant. Celui-ci choisit lui-même l’objet qu’il souhaite manipuler et produit le son à son propre rythme. Il peut ensuite rapprocher progressivement le son de son oreille s’il le souhaite. Le fait que l’enfant génère lui-même le stimulus sonore diminue la perception de menace et facilite l’intégration sensorielle auditive. |
| 5. La promenade d’écoute de l’environnement. Lors d’une promenade dans un environnement calme, l’enfant est encouragé à prêter attention aux sons environnants, comme le chant des oiseaux, un véhicule éloigné ou des pas sur le sol. L’adulte peut nommer les sons et indiquer leur distance ou leur intensité (« la voiture est loin », « le bruit se rapproche »). Cette activité développe la prévisibilité et la catégorisation auditive dans un contexte réel et peu menaçant, favorisant l’habituation naturelle aux sons de l’environnement. |
| 6. L’alternance avec et sans protection auditive : Pour les enfants utilisant un casque antibruit, il est utile d’introduire de très brèves périodes d’écoute sans protection dans un contexte sonore tolérable. L’enfant écoute d’abord un son avec le casque, puis retire celui-ci pendant quelques secondes avant de le remettre. La durée sans casque augmente très progressivement au fil des séances. Cette alternance permet de maintenir la sécurité tout en augmentant progressivement la tolérance auditive sans provoquer de surcharge. |
Références
Weitlauf AS, Sathe N, McPheeters ML, Warren ZE. Interventions targeting sensory challenges in autism spectrum disorder: a systematic review. Pediatrics. 2017;139(6):e20170347.
Potgieter I, Fackrell K, Kennedy V, Crunkhorn R, Hoare DJ. Hyperacusis in children: a scoping review. BMC Pediatr. 2020;20(1):319.
Amir I, Lamerton A, Monteiro W, Whitelaw G, Akeroyd MA. Hyperacusis in children: the Edinburgh experience. Int J Pediatr Otorhinolaryngol. 2018;111:39-44
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Références
Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).